Dans une ambiance chaleureuse et intime, on se dénude et on se laisse masser tout le corps à l’huile chaude sans qu’une zone ne soit négligée.
Les mains, les avant-bras voire les coudes de la masseuse ou du masseur se déployent en spirales, étirent, font des allers-retours avant de vous envelopper dans une serviette chaude et de vous masser le visage pour terminer.
On ne perçoit plus son corps et sa nudité comme un obstacle ou un tabou mais plutôt comme une découverte que l’on a envie de partager. Outre un moment agréable, cela permet également une approche thérapeutique du toucher et des personnes sont parfois envoyées par des médecins ou des thérapeutes pour vivre cette expérience.
Autre possibilité, le massage en couple permet de ressentir cette découverte en symbiose avant de se retrouver seuls et de se mettre à nu différemment.
Marie et Thierry sont en couple depuis plus de 23 ans et ils ont découvert ensemble une forme de massage particulier, le massage tantrique.
Cette appellation qu’ils ont d’ailleurs déposée fait référence à la philosophie tantrique qui aborde notamment le corps et la sexualité autrement. Le temps, le respect et l’attention à l’autre priment sur l’orgasme physique et la satisfaction est différente et plus globale.
Le sexe, ça s’apprend! Et pas seulement à l’horizontale… Licenciée en Sciences Familiales, Conjugales et Sexologiques, Sabrina Bauwens a fait son apprentissage à l’U.C.L!. Installée à Liège, une ville universitaire qu’elle juge ouverte d’esprit, elle débute sa carrière dans un planning familial puis ouvre, un an plus tard, son cabinet privé au coeur de la cité. Elle partage son temps entre ses patients et ses projets: conférences et séminaires de sexologie, bibliothérapie sur l’éjaculation précoce, lancement de la Pole dance et d’un site internet. Son métier? Développer les potentiels sexuels avec précaution, vaincre les tabous avec délicatesse, rebooster les libidos à la traîne. Déjà adepte du yoga tantrique, elle a considéré avec intérêt le travail sérieux et transparent de Marie et Thierry Raes chez Mary Hash, sur le massage tantrique: «une cour de récréation plus qu’agréable!» précise-t-elle en souriant. Le temps d’une séance, la praticienne est devenue patiente, la prof. s’est transformée en élève…
En tant que sexologue, quel regard portiez-vous sur le massage tantrique?
Un regard curieux et intrigué à la fois. Le sujet de la sexualité est si vaste qu’il est difficile parfois de s’y retrouver et de séparer le bon grain de l’ivraie. Beaucoup de concepts et d’outils sont détournés ou font l’objet de fantasmes. Le tantrisme, lui, fait partie des sujets galvaudés.
Sabrina Bauwens, sexologue, est curieuse de nature. Faire le plein d’idées, d’ouvrages, d’objets ludiques ou de thérapies pour ses patients fait partie intégrante de son travail. Lorsqu’elle découvre le concept du massage tantrique de Mary Hash sur le Net, elle n’a qu’une idée en tête: essayer! Récit d’un voyage pas comme les autres…
Depuis quand n'avez-vous pas caressé votre cheville? Quelle douceur a la nuque de votre conjoint? Avouez-le: ces endroits subtils, chauds ou froids, ces épidermes pudiques mais pas classiquement érogènes, sont souvent rayés de la carte du tendre, parfois depuis toujours. En restreignant les fonctions du toucher, en les codifiant à l'extrême, en y opposant
« Notre équipe est remarquable et nous souhaiterions l’enrichir davantage, singulièrement en ce qui concerne l’approche thérapeutique ». Un nombre significatif de visites est d’ailleurs motivé par des soucis d’ordre sexuel. « Les passerelles vers une prise en charge par un thérapeute professionnel sont évidentes ».
L’âge minimal pour pouvoir bénéficier d’un massage tantrique a été fixé, chez Mary Hash, à 18 ans. Quant aux personnes qui s’adressent au centre, « elles émanent de tous les horizons ». Ceci étant, les tarifs (on démarre à 100 euros la séance d’une heure) ne constituent-ils pas un frein pour beaucoup ? « Nous nous sentons bien par rapport à cela, considérant les services que nous rendons », confie Thierry Raes. Dominique Delrot, sexothérapeute, partage cet avis, affirmant que « selon mon expérience, le prix n’est pas un blocage pour les patients. Les bienfaits sont tels qu’ils sont disposés à consentir cet effort ».
Juan Miralles
Il faut aussi savoir que nous élaborons un projet de collaboration avec le centre Pierre Jurdant, qui accueille, à Bruxelles, une vingtaine d’adultes handicapés mentaux légers à modérés. C’est une fantastique initiative, même si chaque cas devra être évalué avec la plus grande attention, pour éviter toute ambigüité. »
Les thérapeutes adeptes du massage tantrique constituent pour le moment une minorité. Sans doute la réputation véhiculée par cette pratique y est-elle pour beaucoup. Aucune étude sérieuse n’a été réalisée, à ce jour, afin d’objectiver les bienfaits de cette intervention. Mais bon, ceux qui en ont bénéficié s’en disent satisfaits. Alors…
Une sexualité trop pauvre
Marie et Thierry Raes ont ouvert leur premier centre de massage tantrique voici seize ans, à Wemmel. Depuis, ils se sont déplacés vers Bruxelles. « A l’époque, nous étions des pionniers », explique Marie Raes. « Depuis, nous avons dû constater que les dérives ont explosé. Nous ne pouvons que le regretter amèrement, tant cela nuit à l’image de notre pratique ».
Le massage tantrique « ouvre des portes », singulièrement au sein du couple, poursuit Thierry Raes. « De manière générale, notre sexualité est trop pauvre. Nous proposons, lors des premières séances, un processus de découverte du corps. Par la suite, de manière sensitive et intuitive, les lacunes seront comblées. Le massage n’est pas stéréotypé. Nous nous référons à un squelette, à une ligne mélodique, qui intègre ensuite toute la richesse de l’improvisation, selon les réactions et les attentes de nos hôtes ».
Les praticiens et les praticiennes ont suivi des parcours différents. « Il faut reconnaître que nous rencontrons certains difficultés à nous entourer de personnalités compétentes », note Thierry Raes.
Si le massage tantrique ludique reste la référence du centre, l’équipe développe depuis peu une approche qualifiée de thérapeutique. « Nous ne sommes pas des thérapeutes au sens médical du terme, ceci doit être clair », poursuit Thierry Raes. « Il ne s’agit pas pour nous de poser un diagnostic, de prescrire un traitement. Notre objectif consiste à compléter, par le massage, les thérapies mises en œuvre par des professionnels de la santé ».
Parmi eux, Dominique Delrot, psycho et sexothérapeute, qui exerce dans le Brabant wallon. Son principe : « Le corps a ses raisons que la raison ne comprend pas toujours ». En d’autres termes, lorsqu’en cours de thérapie, un blocage survient sur le plan de la verbalisation, de la prise de parole, « l’expression corporelle trouve toute sa place et permet de poursuivre le travail thérapeutique ». Et ceci vaut pour les victimes d’abus sexuels, pour les patients qui souffrent d’une image négative d’eux-mêmes (en cas d’obésité ou d’ablation mammaire, par exemple), pour ceux qui sont confrontés à des troubles érectiles.. « Il est évident que le massage ne règle pas tout. Nous procédons en synergie ». Pourquoi Mary Hash ? « J’ai été séduite par les lieux et par le discours qui s’y tient. Je ne prétends pas qu’il n’existe pas d’autres endroits tout aussi respectables, mais j’ai apprécié dès le départ leur déontologie, leur humilité et leur respect de l’autre dans sa différence ». D’autres types de massages ne feraient-ils pas aussi bien l’affaire ? « Le massage de relaxation ou de détente n’aborde pas les mêmes dimensions. Ils ont leur place, bien entendu, mais dans des sphères différentes ». Les patients de Dominique Delrot exprimeraient en tout cas une réelle satisfaction, en particulier les femmes, qui disent avoir été « touchées justement ».
Le discours n’est pas différent du côté du Dr Kris Roose, psychiatre, médecin-chef dans une clinique de la dépression à Gand. « Nous nous situons dans le relationnel, dans le respect du corps, dans la relaxation, dans l’exacerbation de tous les sens. Le massage tantrique représente un outil intéressant, notamment dans les cas de troubles sexuels ou de dépression.
Ambiance tamisée, luminosité à la limite de la pénombre, des petites bougies disséminées dans de multiples recoins, un florilège de représentations hindoues et bouddhistes, des mélodies rythmées par l’Inde la plus profonde, des émanations d’huiles essentielles, un sourire, un vrai : c’est une saisissante impression de sérénité qui se dégage dès que l’on pousse la porte de l’institut Mary Hash.
A côté de l'approche ludique, des thérapeutes veulent faire bénéficier à leurs patients cette approche.