Les mutilations sexuelles peuvent marquer à vie la mémoire de celles qui les ont subies. A plus long terme, les femmes peuvent souffrir d'un sentiment d'inachèvement, d'angoisse ou de dépression. Mais dans les régions rurales, les jeunes mères ont une éducation scolaire très faible, elles sont davantage marquées par les traditions et soumises à un contrôle social plus fort que dans les grandes villes. Cela les conduit à accepter "la chose" ainsi que ses conséquences sans se poser de questions. Les infibulatrices, bien que disposant de connaissances anatomiques très limitées, bénéficient d’une grande reconnaissance sociale - et d'importants revenus.
A Addis Abeba, le gynécologue Yusuf Lukman lutte depuis presque vingt ans contre les mutilations génitales féminines. Il connaît les raisons de la pérennité de cette tradition. L’une d’entre elles réside dans l'attente des hommes de ces peuples: "Les femmes ne viennent pas nous voir pour la désinfibulation avant la nuit de noces. Dans un premier temps, c’est le mari qui doit essayer. Souvent, il ne parvient pas à pénétrer son épouse par la voie normale, mais au moins, il a pu constater que sa femme n’a pas encore eu de relations sexuelles. Or, dans ces sociétés, si le mari a l’impression que sa femme n’est pas vierge, cela crée de très graves problèmes. Il peut la battre, il peut divorcer, la renvoyer chez ses parents."
Mais si majorité des hommes ne veulent pas savoir ce qu’on fait subir à leurs femmes, certains acceptent tout de même de témoigner. Ahmed nous raconte une nuit de noces qui n’a rien d’inhabituel: "Lors de la nuit de noces, mon ami a essayé d’ouvrir sa femme de manière classique et comme il n’y parvenait pas, il a utilisé son couteau. La femme est morte." Très souvent, la "désinfibulation" - le sectionnement de la cloison formée par l'accolement des grandes lèvres - est réalisée par les exciseuses dans des conditions atroces. Après le décès du conjoint, le divorce ou après l'accouchement, certaines femmes subissent une nouvelle suture des grandes lèvres (réinfibulation).
De plus en plus de femmes décident de se faire opérer afin de réparer les dommages causés par l’excision. Le chirurgien français Pierre Foldes a redonné espoir à de nombreuses Africaines : "Quand on cherchait dans les livres de chirurgie, il n’y avait aucune solution apportée au clitoris, alors que nous avions des centaines de techniques pour réparer la verge, rien n’existait sur le clitoris. Le clitoris, en fait, il fait 10 à 11 cm.